16.05.2012

Le Portugal (par Joël)


11 mai, nous quittons la Galice par une sieste à Cies.
Nous y sommes arrivés le 22 avril et l’avons plus sillonnée à pied ou en voiture qu’en bateau.
Qu’en dire : une côte magnifique, que ce soient les rias du nord (altas) ou du sud (baixas), des gens très gentils en général et serviables, mais assez peu polyglottes : ils comprennent le castillan, répondent en galicien, anglais et français très rarement baragouinés. Des fruits de mer et poissons à profusion à des prix d’amis, des restaurants pas chers (à Ferrol, 9€ pour entrée, plat, dessert, vin eau et café le tout servi en abondance) et beaucoup de statues en ville, en mer, au bord des routes qui donnent un cachet culturel à la région.
De beaux mouillages, des ballades en bord de mer somptueuses, un réseau routier largement subventionné par le Feder et d’excellente qualité.
Coté moins positifs, le climat qui n’a pas été clément pendant nos presque 3 semaines de séjour, l’architecture des centres villes faite d’immeubles quelconques dans le meilleur des cas. Les vieilles maisons des centres bourgs ont rarement été préservées, ce qui rend plus attachant les quelques villages et villes où cela a été fait : St Jacques de Compostelle d’abord, puis Muros et Cambarro, une jolie place à Cambados. Pontevedra un peu. Nous n’avons pas visité Noia, mais d’après le guide cela vaut aussi le coup d’œil.
L’intérieur du pays, plus valloné au sud, quasi montagneux au nord, est très vert, avec ses vastes forêts de pins et d’eucalyptus. Dans le sud la vigne en pergola est omniprésente. Genêts et ajoncs en jaune, bruyère en mauve pour rompre le vert.
Mouillage devant Baiona : au bruit des gros cubes, nous savons que ce n’est plus la Galice discrète qui nous dit au revoir. L’absence de vent nous incite à faire de courtes distances au moteur.

12 mai : toujours pétole. Au moteur jusqu’à Vania do castelo après une halte déjeuner dans le rio Minho.
Le rio Minho : l’entrée avec son fort au milieu de l’eau de style Mogador, ses hauts fonds (2,9 mètres à l’aller, 1,6 au retour), son GPS un peu faux, ses courants de 3 nœuds pour un mouillage devant une plage préservée et déserte. Très bel estuaire malheureusement très urbanisé par endroit. L’eau est redescendue à 16 degrés après près de 19 degrés aux iles Cies.

Vania, l’accueil du Portugal : la plupart des personnes sont polyglottes, anglais, français, centre bourg très bien préservé, gens élégants. Des prix plus vus en France depuis longtemps : l’entrecôte à 6€,49 le kilo, le poulet à 2€. Presse internationale dans les kiosques.
A quelques km de la galice, c’est un autre monde. D’ailleurs les premiers mots du capitaine du port fut de nous expliquer que l’on n’était pas en Espagne…
Très bizarre la langue portugaise : avec un petit peu d’espagnol et du français, on arrive à lire le portugais et à en comprendre l’essentiel. Quand ils le parlent, on dirait de tout, du slave en particulier, mais pas du tout une langue latine. Nous n’y comprenons rien, heureusement qu’il nous reste l’anglais ou le français.
Jogging, longues ballades, quelques pots, température 31 degrés le samedi, 25 le dimanche, la pétole persistante nous fait adopter un style estivant, juste l’eau de mer toujours un peu froide et les plages de l’autre coté du rio Lima un peu loin, pas de pétanque non plus.
En effet, la prochaine étape est de 130 miles et pas question de faire ça au moteur, surtout de nuit, sur une mer minée de casiers.
Très bon restaurant Os 3 Potes (d’ailleurs dans le Michelin) aux plats forts copieux tout près de la place centrale. La soupe à la viande et le cabri rôti furent mon choix gagnant.
Nous sommes amarré sur le ponton extérieur, attraction des promeneurs du week end mais très calme la nuit.

14 mai : cela fait 2 jours que les différents sites météo nous promettent du vent pour ce lundi après midi et ils ne changent pas d’avis ce matin.
Départ à 13h30 vers Nazaré dans la brume et la fraicheur mais avec le vent retrouvé. Nous filons un bon 6 nœuds vers notre prochaine étape. Le soleil apparaît rapidement, la visibilité restant limitée. Slalom au milieu des casiers omniprésents, les fous de bassan plongent de tous cotés, quelques cargos et bateaux de pêche. La lune se lève vers 4h, le dernier quartier, le jour suit de peu avec de la brume et une chute du vent. Le vent reprend et nous voilà par force 6 à entrer dans le port de pêche de Nazaré pour trouver la marina au fond et son capitaine, vieux capitaine anglais, barbe blanche, lunettes de soleil à la Camas, cane et pipe, goutte qui le fait boiter et pas de vin, accent invraisemblable, rocailleux du bout du monde, un vrai personnage.
Visite du village de pêcheur et de la ville haute, il est loin le temps où les pêcheurs tiraient leurs barques sur la plage, par contre les vieilles nazaréennes ont toujours leurs 7 jupons, ce qui leur donne un profil de culbuto. Très bon repas en ville au Maria do Mar, conseillé par le Routard, toujours trop copieux.

15 mai : vent de secteur sud défavorable, on loue une voiture :
café à San Marinho, échancrure naturelle dans la falaise,
repas à Fos de Arelho en terrasse face au chenal, très beau paysage lagunaire,
visite du village d’Obidos, Carcassonne local (en mieux à mon gout, Violet Le Duc n’y a pas sévi) avec son aqueduc romain, ses remparts sans rambardes (un peu peur, les pierres du chemin de ronde étant glissantes), ses rues aux maisons blanches soulignées de jaune autrichien ou de bleu marocain, sa rue commerçante genre Mt St Michel (ou Carcassonne aussi),
baignade au milieu des surfeurs et kite surfeurs à Baleal avec le vent de secteur sud bien établi, la plage forme un isthme où on peut choisir l’océan au nord ou la baie au sud, de toute façon avec des rouleaux et des courants assez dangereux,
Peniche, un peu décevant, mis à part sa remarquable citadelle et le cabo Carvoeiro aux empilements de rochers invraisemblables, genre mille feuilles.
Retour à bord et diner tapas.
Un bateau anglais (Carillion) en provenance de Nouvelle Zélande vient s’amarrer à couple vers 21h30.

La météo est bonne pour demain. Programme : mouillage à l’île de Berlinga et poursuite semi nocturne vers Cascais, théoriquement dernière étape de notre périple continental avant la traversée sur Madère.



07.05.2012

l'anniversaire de Patrick (par Joël)

 

Ecrit à partir du 5 mai 2012

 

- 29 avril : marina de Muros, village de pêcheur qui vaut la visite, bonne pâtisserie avec gateaux et tourtes délicieux près du marchand d’articles de pêche sur le front de mer. Bistro sympa pas très loin où ils repassaient en boucle un match Nadal/Ferrer à Barcelone. La marina toute neuve, pas encore en service (pas d’eau et pas d’électricité), nous sommes l’attraction de la promenade du dimanche soir des habitants de Muros, pas d’autres voiliers visiteurs ni sédentaires, sans doute sommes-nous les premiers. Longues promenades dans les rues pavées et sur le front de mer. Au moment de partir, je veux payer, le capitaine du port m’explique que c’est gratuit car la marina n’est pas encore finie de construire.

- 30 avril : anniversaire de Patrick, ce fut une journée mémorable.

Météo très favorable : vent 5 à 10 nœuds secteur nord. On sort du port, très vite GV et geenacker, un force 3 conforme aux prévisions.

Un grain s’approche, ce n’est pas le premier du voyage et jusqu’à présent, ils étaient peu actifs. Celui-là et les suivants le seront : 10, 12, 15, 18 nœuds, il faut rentrer le geenacker. Malgré l’abri de la GV, il s’enroule imparfaitement, il faut l’affaler. Une petite incompréhension entre Pierre Henri à l’avant du bateau et nous à l’arrière et le geenacker chalute en se déroulant un peu plus. Patrick va seconder Pierre Henri et après quelques minutes d’efforts intenses, le geenacker est de retour dans son sac, intact.

Un peu de moteur pour que l’équipage reprenne son souffle et l’on envoie le solent pour un petit largue avec 12 à 22 nœuds de vent selon les grains. On navigue entre la côte et des récifs un peu plus au large. Le spectacle est superbe. Le pilote est en stand-by car c’est un vrai pied de barrer avec ce vent sous cette allure. On passe au large des ilots qui ferment la ria de Arousa et on continue au portant dans la ria, voiles en ciseau avec un vent forcissant au delà de 20 noeuds.

On passe l’ile d’Arousa, cap sur Vilagarcia quand un nouveau grain menaçant s’approche. On est à 2 miles du port et je décide de rentrer la toile. Solent sans problème, je démarre le moteur pour l’affalage de la GV. J’embraye et le moteur cale avec un bruit au niveau de l’inverseur. Je réessaie une ou deux fois avec le même résultat.

On vérifie l’arrivée de carburant, la lubrification de l’inverseur, tout paraît normal. Je demande de préparer le mouillage pour arrêter la dérive à la côte du bateau et chercher à analyser ce qui se passe. L’écoute tribord de geenacker est prise dans l’ancre, tendue et impossible de la détendre pour libérer le nœud de chaise. C‘est là que je comprends qu’elle est prise dans l’hélice. Pendant mes heures de barre, j’avais bien remarqué que cette écoute tribord était beaucoup plus courte que d’habitude, mais je n’avais pas cherché à comprendre pourquoi, m’imaginant que pendant l’affalage sportif du geenacker, une partie de l’écoute l’avait suivi dans son sac.

On coupe l’écoute de geenacker pour libérer l’ancre et je demande à Bernard que je savais bien équipé en combinaison de plongée de se mettre à l’eau pour dégager l’hélice. Je mets une aussière avec un pare-battage à flotter à l’arrière du bateau pour la sécurité de Bernard. Bernard a une combinaison mais pas de palmes. Il se met à l’eau mais a du mal à atteindre l’hélice qui est vraiment loin sous la coque (on a un Z drive). Le tuba gène au moment de la plongée sous la coque, il paraît très essoufflé. Au bout d’un quart d’heure d’essais infructueux, il est clair qu’il n’y arrivera pas.

Pierre Henri me prête sa combinaison, je mets mes palmes et je rejoins Bernard dans l’eau à  15 degrés, la plus chaude depuis notre départ (elle était à 9,5 degrés à Cherbourg). Armé de la scie à pain, j’essaie d’atteindre l’hélice, y arrive à peine, donne un coup de scie pas appuyé et reviens vite à l’air en perdant une palme qui coule immédiatement. La fraicheur de l’eau rend notre souffle court, ce qui n’est pas très efficace pour de l’apnée.

Après un autre essai tout aussi  infructueux, je fais tendre une aussière sous la coque à la hauteur de l’hélice. Bernard la fait passer sous les safrans. Pierre Henri et Patrick la tende depuis le pont. Ca va mieux, en se déhalant sur l’aussière, on atteint rapidement l’hélice et il nous reste quelques secondes d’autonomie pour attaquer l’écoute, moi avec la scie à pain, Bernard avec la scie égoïne. Il nous faut cependant de longues minutes pour reprendre notre souffle après chaque plongée. Mais assez rapidement Bernard donne le coup de scie victorieux, je récupère le morceau d’écoute et nous remontons à bord frigorifiés. Vite se dévêtir (le plus dur), se sécher et enfiler des vêtements techniques pour récupérer notre chaleur. Les combi sont vraiment très efficaces car très rapidement nous sommes à nouveau opérationnels.

4 tours du bateau par chacun des 4 marins pour vérifier que plus rien ne traîne à l’eau (on a quand même oublié de replier l’échelle de bain), essai de démarrage du bateau, on écoute, tout semble normal, à petite vitesse nous nous dirigeons vers le port. Cette petite plaisanterie avait duré 1 heure et demi, c’était sans doute pour faire le show pour l’anniversaire de Patrick.

 

Nous entrons dans le port, vent à 22 nœuds de travers, je repère une place et, moi qui aime faire mes manœuvres lentement, avec ce vent, je n’avais pas le choix, il fallait manœuvrer rapidement. Je rentre à plus de 3 nœuds dans la place, un gros coup de marche arrière, le bateau s’immobilise le long du catway, amarrage parfait devant nos femmes qui venaient de nous rejoindre depuis Porto. Bises et soulagement de voir se terminer cette journée bien remplie.

Mais ce n’était pas tout à fait fini : le responsable du port arrive et nous dit que nous sommes sur une place privée (qui d’ailleurs restera vide pendant les 5 jours où l’on restera à Vilagarcia) et qu’il faut bouger. A l’arrière du bateau et sous le vent, un gros poteau autour duquel je voyais déjà Tri Martolod s’enrouler. Je cherche à négocier, le responsable téléphone mais pas moyen il faut bouger. Bien concentrés, nous réussissons une manœuvre parfaite, le moteur répondant à toutes les sollicitations sans bruits bizarres ou intempestifs, les passages d’aussières à quai magnifiques.

C’était fini pour 5 jours, le vent soutenu de secteur sud (20 à 30 nœuds) annihilant toutes velléités de faire route ou même de visiter la ria en bateau. Ca tombait bien, nos femmes étaient venues en Galice pour 10 jours.

Apéro à l'Albarino, offert par Patrick pour son anniversaire. Tour dans Vilagarcia à la recherche d’un restaurant pour terminer à celui de la marina. Très bons poissons. Puis retour à bord pour le gâteau d’anniversaire arrosé par de l’albarino (gâteau très bon acheté à Muros dans la pâtisserie dont j’ai déjà parlé). L’albarino est le vin blanc sec local, très fruité tout en restant léger et gouleyant. Ce n’était que les 2 premières bouteilles. D’autres suivirent.

Nous passons les 4 jours suivants à l’hôtel avec nos femmes respectives sauf Patrick qui devenait notre gardien de luxe du bateau.

Nous allons profiter d’une voiture pendant 10 jours, ce qui va nous permettre de sillonner le sud-ouest de la Galice.

1er mai : St Jacques de Compostelle à ne pas louper, cathédrale pleine de pèlerins assez jeunes en tenue de randonneurs de tous les pays, de tous les continents. Vieille ville et parc remarquables, une très belle journée terminée sur un promontoire au dessus de Ribeira permettant d’avoir une vue du cap Finisterre à Vigo.

2 mai : promenades pédestres sur l’ile d’Arousa, très beaux rivages

3 mai : excursion vers Fisterra vu de terre et Muxia où débarqua St Jacques. Nous pûmes vérifier la tradition des pèlerins qui poursuivent jusqu’à la mer depuis St Jacques et y abandonnent chaussures et vêtements, certains les brulant même.

4 mai : jogging le matin sur l’île d’Arousa (superbe terrain de jeu), ballade sur ile d’a Toxa (presqu’île d’O Grove) avec golf et église couverte de coquilles St Jacques poursuivie par une visite du petit centre historique de Cambados et de ses bodegas en fin d’après midi, capitale de l’albarino (voir plus haut) – toujours aussi gouleyant.

5 mai : on change d’hôtel et le bateau de marina. Sortie de la ria d’Arousa, mouillage devant Ons et arrivée à la marina de Sanxenxo. Ondée tropicale au début de la journée, puis beau temps avec un peu de vent, donc belle navigation tranquille sous voile. Mouillage désert devant la réserve de l’île d’Ons. Il faut demander des permis sur Internet pour mouiller dans ces îles, ils sont obtenus immédiatement. Pas de contrôle sur place, mais comme on était le seul bateau, les autorités devaient pourvoir contrôler à distance.

 

29.04.2012

cap Finisterre vu de Tri Martolod le dimanche 29 avril 2012 à 13h

cap finisterre 29-4-12.jpg

comme vous pouvez le remarquer, soit le bateau gîte, soit le preneur de photo est déjà saoul.

29.04.2012

ça contune par Joël

Réflexions après quelques jours :

- beaucoup de vis cèdent, soit pas assez solidement ancrées, soit trop sollicitées, peut-être les 2 à la fois : la cuvette des WC désolidarisée, une charnière du coqueron tribord, l’ancrage bâbord, puis un mois plus tard tribord de la capote
- à la gîte par fort vent, la porte de la cabine avant ne ferme plus, déformation de la coque ou de la menuiserie? tout redevient normal au port.
- le radar par mer très agitée : pas très concluant, trop de cibles ou plus du tout selon réglage de la sensibilité.
- utiliser le frein de bôme pour immobiliser la bôme sans solliciter l’écoute de GV. Utile au port ou au moteur voile affalée.
- attention à ne pas avancer trop le chariot d’écoute de trinquette (ou de solent) : l’écoute frotte sur le haut du capot de la poulie au lieu de glisser sur les cylindres latéraux. Elémentaire mon cher Watson, mais pas l’estomac d’aller reculer le chariot à la gîte avant le samedi et c’était trop tard. On a inversé l’écoute et elle a une extrémité genre momie égyptienne avec le mètre de sparadrap blanc collé pour renforcer l’écoute là où la gaine a disparu.
- avant la traversée, toute la nourriture était prête et accessible dans le frigo ou la table de cockpit, boissons aussi. Pas de plongeon au fond des coffres. Après la traversée, il a fallu en ranger plus de 80%, non touchée.
- comique : la fixation du phoscar n’était pas verticale. On s’en est aperçu la nuit quand au gré des vagues et de la gîte, la lumière s’allumait brièvement, bégayant son SOS en morse. Pas question de sortir le tournevis en mer, au moins ça évite de le faire tomber à l’eau.

La Galice :
- la Galice, c’est le seul pays où ils abritent les éoliennes du vent.
- je commente, je ne reproche pas ! et surtout je ne me plains pas !
- une semaine de voile = une journée de réparation et de remise en état de propreté.
- 5 nuits à Viveiro, site superbe malgré tous ces immeubles de style espagnol fin vingtième. Guide bénévole de la vieille ville et d’un oratoire à Notre Dame de Lourdes recouvert d’ex-voto en plastique jaunâtre représentant des jambes. Belvédère de San Roque, 385 mètres , bar fermé en semaine hors saison, pas de chance.
Bière et tapas à 1€20 en face du port.
Marché au poisson de Viveiro fermé les 4 jours, les pêcheurs ne sont pas sortis, nous non plus.
Location de voiture à la station d’autobus, le loueur hurlait son anglais, impressionnant. Mini yaris pour 4, 4 portes, la spaciosité d’une boîte de sardines avec laquelle on a fait plus de 600 km à visiter le nord Galice et Nord-ouest Asturies.
- pour les éoliennes de Galice, c’est une joke. C’est plutôt la méditerranée : 4 jours de Mistral, 3 jours de calme plat, 3 jours de mistral : c’est apparemment notre menu, le mistral étant remplacé par le suroit
- vendredi 27, on a enfin repris la mer, mais au moteur car il faut passer le cap Finistère avant dimanche soir et le vent est faible et de face. On en a un peu marre du nord Galice et on a rdv le 1er mai dans les rias bajas. Belle houle résiduelle, toujours froid mais beau soleil. Quelques gouttes quand même.
Superbe coq au vin (auto-congratulations) : c’est une première et je recommencerai, peut-être.
- La Corogne vendredi 27 18h: 687 miles depuis Cherbourg, 108h 30 de navigation, 52 heures de moteur : c’est pas bon, surtout que sur les 56 heures de voile, il y en a près de 48h pour le seul golfe de gascogne.
- Ria de camarinras : intime et sauvage, au moins 6 bateaux visiteurs, c’est l’émeute (3 français, un anglais, un batave et un norvégien).
Petit déjeuner au soleil levant, mouillés seuls au fond de la ria : le premier moment fort. Il manquait juste le bain, l’eau à 13,4 degrés, pas encore ça, mais plus chaud que l’air définitivement en dessous des 10 degrés le matin.
- ça y est , j’ai trouvé des éoliennes abritées du vent : je m’en doutais depuis notre arrivée en Galice, ça devait exister.
- dimanche 29 avril, 13h, le cap Finisterre sous le soleil (voir photo), un verre de vin rouge pour remercier éole et neptune. Averse une demi heure plus tard.


- depuis 2 jours, navigation majoritairement à la voile : c’est bon pour le moral.

27.04.2012

Bernard contribution 26 Avril 2012



Nous voilà partis depuis 15 jours mais n’ayant pas pris de notes au fil de l’eau, voici les premiers souvenirs et images qui me viennent à l’esprit :

- Cherbourg : veille du départ et départ
Installation plus rapide que prévue à bord le mardi de Pâques car nous avions préparé notre départ depuis quelque temps sans doute.
En soirée, nous nous rendons chez Christian et Elizabeth qui nous ont à nouveau invités très gentiment pour un dernier diner cherbourgeois. Leur garage nous a servi de local d’hivernage pour une partie de notre matériel qui a été remonté sur le bateau en mars. Rendez-vous est pris pour le lendemain pour qu’ils puissent assister à notre départ.
Jour J : nous sommes prêts à partir avec la marée descendante. Christian et Elizabeth nous lancent les amarres et nous font des grands saluts depuis le ponton et ensuite depuis la jetée du port. Cela ressemble à un départ pour de bon.

Nos voisins, récents propriétaires d’un Allures 45, nous voyant partir nous demandent si nous partons vraiment pour de bon. Joel leur répond affirmativement chacun espérant que ce ne sera pas un faux départ.
Proverbe chinois : un long voyage commence par un premier pas. Nous irons donc mouiller au port d’Aurigny.


- Mouillage à Aurigny et Trebeurden
Nous effectuons à Aurigny de façon classique la prise de bouée par la plage arrière qui se passe bien. Mais nous voulons tester l’un de nos derniers achats : la gaffe « magique » Handy Duck ou littéralement le Canard Adroit. Elle permet par 2 astuces de crocher ou de se décrocher facilement de l’anneau d’une bouée. Nous la réutiliserons sans problème une deuxième fois par l’avant pour notre mouillage à Trebeurden.

- Aberwrac’h :
Belle arrivée sous voile dans l’aber par le passage de la Malouine. Auparavant j’ai reconnu avec plaisir tous les repères familiers de l’ile Vierge au port de Perroz avec les couleurs du soleil couchant ; j’y ai beaucoup navigué avec Jean Pierre en Hobie Cat, dériveur, planche à voile, canoë, AX3 etc.…

Jean Pierre est d’ailleurs déjà là sur le ponton pour nous aider à l’amarrage. Les 3 générations de sa famille (8 personnes) sont représentées pour nous accueillir. Après quelques discussions techniques sur le bateau, cette belle journée se finira pour moi par une soirée très sympathique chez Pascale et Frederic.

- Loctudy :
Le mauvais temps nous oblige à rester 3 jours à Loctudy. Afin de nous abriter au maximum nous amarrons notre bateau à l’intérieur du ponton réservé pour les bateaux de plus de 13m, nous sommes ainsi bien placés en ligne avec la vedette SNSM, les zodiacs des pompiers, le bateau du passeur et le bateau école.


Ce séjour nous laissera du temps pour déguster des fruits de mer bien frais et pour apprécier aussi la beauté des rivages et rives de la commune lors de nos 2 ballades sous un ciel changeant. L’une mènera nos pas sur la cote sud en utilisant une partie du GR 34 (Tour de Bretagne) et l’autre nous fera découvrir la rive droite de la rivière de Pont L’Abbé.

Le phare de la Perdrix à grands carreaux blancs et noirs si caractéristiques situé à l’entrée du chenal du port est devenu l’emblème de nombreux commerces, chose que je n’avais pas remarquée lors de ma visite précédente.

Traversée du Golfe de Gascogne / Baptême en mer / Arrivée dans la ria de Viveiro

En terme de houle, le Golfe restera fidèle à sa réputation. Lors d’un quart de la deuxième nuit, une vague plus haute et plus puissante que les autres réussit à pousser une bonne quantité d’eau par dessus la capote. Etant un peu reculé, une cascade d’eau m’a en quelque sorte baptisée pendant que je baissais la tête, quelques litres d’eau réussiront aussi à faire le chemin vers le carré par la descente que je protégeais assez mal. Cela m’a au moins permis de tester l’étanchéité de ma tenue en mer.

Après un peu plus de 2 jours en mer , nous entrons au fond de la ria de Viveiro en ne voyant qu’une plage et un port de pêche et en nous disant que le port de plaisance ne doit exister que dans les dépliants touristiques de la Galice collectés au Salon Nautique . Heureusement le patron d’un petit bateau de pêche nous indiquera que notre étape se termine plus loin au fond d’un long chenal caché par la première digue. Ce que nous ne savons pas encore est que le mauvais temps va reprendre et que nous serons obligés de rester 5 jours à Viveiro.

24.04.2012

l'équipage à Viveiro

photo.JPG

24.04.2012

PREMIERES ETAPES (Cherbourg-Viveiro) DU VOYAGE DU TRIMARTOLOD (Pierre Henri)

 

Pour ces premières étapes il a été convenu par les Tri Martolod de les raconter de manière autonome.

 

Subodorant une narration assez descriptive par les 2 collègues, je livre içi quelques ressentis particuliers :

 

-) un sentiment immodestement un peu équivalent à celui des équipiers de l’équipe de France de rugby lors de la remise officielle des maillots : juste avant le départ à Cherbourg, Olivier du chantier Allures et Joel  le skipper  ont remis à l’équipage,  chemise et tee-shirt dont la blancheur immaculée (excepté les logos) ne cadrait pas vraiment avec  la froideur du climat et de l’eau (9°5) du lieu mais plus à à la chaleur tropicale espérée lors du périple. Il est à ce propos un peu étonnant que pour d’anciens ingénieurs férus d’indicateurs, l’avancement du bateau soient plus marqués dans les esprits par cette température de l’eau, actuellement  13°80C au nord de la Galice(admirez la précision) que par le nombre de miles parcourus.

 

- ) une  image des toutes premières étapes analogue à la fois à un pèlerinage de mémoire et à un pèlerinage initiatique :

 

      la mémoire car toutes ces premières étapes (Aurigny, Guernesey, Trebeurden, Aber Vrac’h, Camaret, Loctudy) nous étaient amplement connues depuis les miles de rodage du bateau et de l’équipage. De plus elles nous ont permis de retrouver une nouvelle fois des amitiés très anciennes et attachantes à l’Aber Vrac’h  avec Maguy et Fanch plus qu’aux petits oignons avec nous(y compris l’andouille ,le Kig hag fars festif, les confitures maison)  et visiblement heureux de nous aider à larguer les amarres, photos à l’appui .

 

      l’initiation car outre l’amarinage facilité par de courtes étapes, la succession de celles-ci nous a donné le sentiment d’une avancée analogue à celle des alpinistes de haute montagne avec ses camps d’approche avant la montée finale. Nous notre dernier camp de base a été le port de Loctudy  dans l’attente d’une décision pour une bonne fenêtre météorologique pour notre premier ‘8000’ en l’occurrence le Golfe de Gascogne en quasi-hivernale.

 

-) un sentiment plus profond lors du départ de Loctudy avec l’épouse Annick , stoïque sur la jetée du port de l’Ile Tudy par un lever de soleil à 6°C. J’espère qu’elle avait en tête  les précautions prises qui rendent ce voyage moins incertain qu’une traversée à pied d’une rue à Paris . La petite fille enjouée de 4 ans Stéphanie, qui avait profité de son grand-père (et inversement) durant les quelques jours d’attente en pays bigouden, elle, avait clairement exprimé son désaccord  pour raisons personnelles  avec ce départ. Maxime le petit-fils de 7 ans lui s’était contenté de constater que l’ordre dans la cabine du skipper s’était améliorée par rapport à une visite antérieure dans le bateau : »mais ce n’était pas difficile ! »   

 

-) une quasi extase devant un spectacle en quart de nuit étoilé avec des lucioles éclairant le sillage du navire accompagné d’un dauphin esseulé cherchant compagnie.

 

-) un sentiment a posteriori d’un peu de honte après un largage de ris très spécial ayant conduit à un virement de bord intempestif à une relève de quart avec un équipier déjà un peu endormi(moi) et un autre pas encore réveillé.

 

-) un contentement de soi de l’équipage et de son skipper heureux d’avoir pu conduire une traversée  

 

du golfe de 50h sur leur destrier malgré une houle adverse et hachée  selon une ligne quasi directe grâce à une évaluation bien comprise de situations météorologiques à fenêtre très étroite.

 

-) une crainte par certains à l’approche de la nuit sans doute analogue à celle du nourrisson  avec une crispation de l’estomac entrainant un  manque d’appétit et  de sommeil. Un peu d’envie à ce sujet envers les marins de compétition  qui savent se contenter de tranches de quelques minutes de sommeil.

 

-) une recherche évidente du dépassement de soi  pour Patrick, l’équipier supplémentaire pour cette toute première partie. Sachant sa relative sensibilité au mal de mer, il a cependant choisi pour nous accompagner l’étape la plus remuante. Il n’a pas été déçu .Epris certainement  de perfection dans la qualité, trahi par la recherche d’une trop grande concentration pour relever 4 chiffres après la virgule la position GPS du bateau, il en a subi de sombres conséquences pendant près de 24h. Un peu de fierté paternelle envers Fabienne qui professionnellement avec sa une grande habitude des affres du golfe de Gascogne nous avait conseillé par expérience personnelle un stock de pain d’épices : un lot n’a pas suffi pour les quarts d’une seule nuit.

 

 Et maintenant une impatience presque juvénile pour le passage du Cap Finistère, passage empêché  pour quelques jours  par une alerte météo. Les’ retrouvailles’ avec les épouses sont ensuite prévues.Il semble qu’elles nous concoctent un programme chargé de découvertes  de cette partie de la Galice espagnole dans les rias Baixas. Mais la prudence de sioux du vieil équipage prévaudra pour le prochain départ de ce mouillage sur la date ou le lieu précis   de rendez- vous.

 

PS : Ne pas tirer de cet article de blog que je suis le seul ou le plus sentimental de l’équipage. J’en connais d’autres …       

 

    

 

24.04.2012

c'est parti (par Joël)

 

L’entrée en matière.

 

Depuis un an, planning décidé, planning suivi : rassemblement le 10 avril, départ le 11 si la météo le permettait. La marée autorisant un départ vers 14h (ou 2h du matin, option même pas discutée :-)), le froid polaire, le besoin d’amarinage impose une première étape à Aurigny.

Départ tôt le 12 pour un passage smooth du ras Blanchard à la renverse de mortes eaux. Le vent monte de face et zou, St Peter’s port, son carburant à moins de 1€ le litre et son château Cornett (superbe visite), une bière dans un pub.

Lever tôt avant le soleil le 13, Trébeurden, beaucoup de moteur, un peu de voile le long des 7 iles, une première pêche, un poisson bizarre genre anguille avec livrée de maquereau. Persuadé d’avoir trouvé une nouvelle espèce, no kill, remise à l’eau et rangement du matos pour rester sur ce beau succès. Mouillage sur bouée pas pépère avec du clapot devant Trébeurden.

Vent de face le 14, moteur, grains, ile de batz, enfin voile pour passer la Malouine avec 2 empannages et entrée triomphale à L’Aber Wrach sous GV et geenacker. Comité d’accueil fourni (le fan club s’était enrichi de 4 enfants qui prirent rapidement possession du bateau, s’attribuèrent les couchettes et furent réticent à quitter leur nouveau royaume à l’appel de leur mère).

4 experts autour de la capote arrachée. Des conseils judicieux,  mis en œuvre le lendemain, réparation qui tient toujours. On a enchaîné par le Kig hag fars après douches salutaires pour nos narines et poils rasés. Accueil chaleureux de Fanch et Maguy, avec confitures, andouille, poireaux du jardin et tomates du voisin qui vinrent enrichir l’ordinaire du bord.

Départ le dimanche 15 vers 14h pour le chenal du four avec la marée, tentation de mouillage à Lampaul en prenant le Fromveur sans changer de bord mais Sagesse nous mena à Camaret avec un virement de bord après lecture des instructions nautiques pas vraiment encourageantes pour Lampaul. Belle journée intégralement sous voile, la première depuis le départ, un bon force 5, une mer bien agitée mais pas cassante. A part le froid persistant, le pied.

Départ tôt le lundi 16, rase-caillou à Sein pas entièrement volontaire contre un courant de 3 nœuds. Beaucoup de moteur, le vent arrive trop tard pour motiver l’équipage à établir la voile en vue de Loctudy.

 

 

 

Marche d’approche terminée.

 

Notre marche d’approche vers notre Everest est terminée. Nous voilà au pied du mur avec 3 jours de coup de vent annoncés, histoire de nous bloquer au port de Loctudy et de faire monter la pression (quoiqu’elle doive baisser en hp).

En attendant, Loctudy, lundi soir, ses demoiselles (2 kg à 4) suivies d’étrilles après l’apéro/tarot.

Cherbourg / Loctudy en 6 jours, on n’a pas fait sauter les compteurs, mais 6 c’est le nombre d’épaisseurs sur le dos pour lutter contre le froid (ne te découvre pas d’un fil). Nez bronzé, mains gercées, en route vers le sud.

Pas vraiment l’impression d’avoir débuté quelque chose : c’est la quatrième fois que l’on fait cette route dans ce sens avec pratiquement les mêmes étapes. Ca va démarrer maintenant.

Le Golfe de Gascogne : l’endroit avec la pire réputation de tous les endroits prévus de notre périple et ça arrive tôt dans le froid avec un amarinage plutôt léger. Trop de lectures de vagues pyramidales, de houle croisée, de coup de vents imprévus. Et tout ça pour arriver en Galice, une côte à réputation sulfureuse. Voilà pour l’appréhension et le stress.

Cotés positifs, un équipier qui n’aura surement pas le mal de mer (Bernard) et un bateau indestructible. Aussi la possibilité de raccourcir l’étape en visant l’est de La Corogne, Gijon par exemple. Mais ça fera 2 nuits en mer de toute façon.

 

Le Golfe de Gascogne

 

L’attente à Loctudy aura duré 3 jours avant que la fenêtre météo ne s’ouvre. S’entrebaille plutôt. Un vendredi assez favorable avec un 5 de WNW, un samedi inquiétant avec un 6/7 d’ouest et un dimanche avec vent faible pour regagner à l’ouest et au moteur ce qui aura été perdu en cap le samedi (le cap théorique est au 218 pour La Corogne). Puis à partir de lundi, 3 jours de tempête en Galice, il faudra être de l’autre coté et dans un port.

En fait le départ idéal aurait été le jeudi soir, mais manque d’enthousiasme de l’équipage pour démarrer par une première nuit en mer et surtout passer au total 3 nuits en mer dans le froid. Et la météo du dimanche était suffisamment bonne pour valider un départ le vendredi matin tôt.

Vendredi 8h, pas de vent heureusement car j’ai demandé de garder la mauvaise aussière en dernier, 2 marches avant, 2 en arrière pour une sortie laborieuse avec l’aide du propulseur d’étrave… 1 heure de moteur à l’abri de la cote puis le vent s’établit, force 4 puis 5 à 70 degrés de la route. Bateau gité sous trinquette et GV 1 puis 2 ris. 6 nœuds de SOG un peu à l’est du cap. Salade de riz au thon mangée sur le pont dans une mer arrosante, aspergeante, croisée  et cognante avec des creux de 2 à 4 mètres pour les plus grosses vagues.

Le riz passe mal. Patrick craque et adopte la position allongée en duvet sur la banquette du milieu de la carré (tribord amure, elle est assez confortable), à la tête 2 seaux : un pour le vomi, l’autre pour le coca et la bouteille d’eau, barres de céréales et pain d’épice sur la table en attente d’envie improbable mais qui finira par arriver. C’est parti pour 36 heures si l’on excepte quelques expéditions aventureuses vers les toilettes et un ou deux passages sur le pont pour prendre l’air.

Pierre Henri et moi sommes en survie, pas malade, pas faim, pas soif, juste rien faire, heureusement pas froid. Beaucoup allongés dans sa couchette tout habillé, bottes aux pieds, les quarts assez peu actifs. Pierre Henri avait adopté la couchette anti-roulis de la carré (plutôt que la cabine avant du genre préparation de cocktail (autrement dit shaker)), moi dans ma couchette bâbord, bizarrement la tête au fond et les pieds à la tête (position sécurité pour gicler plus vite au cas où…). Allongé dans ma couchette, hors quart, je sentais parfois la main de l’océan qui saisissait le bateau, le secouait rapidement dans tous les sens, puis le relâchait, le bateau reprenait sa route. Pas peur, j’avais confiance dans le bateau, mais c’était … saisissant.

Incapable de ranger le tas de spaghettis qui pendait du piano : au premier essai, grosse suée, vite de l’air et ne surtout rien faire. Une barre de céréale a du mal à passer, la gorgée d’eau aussi.

Nous avions au début le pilote en mode « vent » pour limiter les interventions sur les voiles et profiter des adonnantes. En fait le vent apparent variait trop avec les vagues, le pilote avait du mal à étaler et nous ralentissait beaucoup. On est alors passé en auto et on modifiait le cap toutes les 5 à 10 minutes pour suivre les variations du sens du vent. Ca occupait les quarts. Comme le bateau cognait beaucoup, j’ai essayé un peu en manuel. Pas beaucoup d’amélioration et en plus je perdais 10 degrés en cap.

Pendant le quart de nuit je me décide de prendre un mercalm. En fait, la dernière fois que j’en avais pris, il y a 4 ans,  j’avais été très mal pendant 12 heures, complètement abruti et tremblant. Là, ça marche, je vais mieux. Ils étaient périmés depuis 2 ans, ça avait peut-être atténué un peu leur virulence.

De plus, on a passé le plateau continental et la mer se calme, creux de 1 à 2 mètres, mer moins croisée, le bateau cogne moins, on est moins souvent arrosé même si la plus grosse vague reste à venir, submergeant tout et s’infiltrant dans la carré pendant un quart de Bernard.

Pierre Henri va mieux aussi , Bernard est impérial finissant la salade de riz, attaquant le pâté, se plaignant un peu que je ne sois pas à la cuisine en train de mitonner des petits plats. Je lui explique gentiment que c’est non.

Et puis la grosse (et bonne) surprise c’est la météo : on continue à avoir du 5 de WNW au lieu du 6 d’ouest prévu, ça nous permet de continuer à bonne vitesse dans la bonne direction dans un temps plus maniable. Arrivée prévue La Corogne en fin de journée dimanche.

Je demande une météo sur navimail le samedi midi (signe que coté estomac, ça va nettement mieux car ça m’a pris une bonne heure) et la mauvaise surprise c’est que le mauvais temps doit démarrer dimanche après midi en Galice au lieu de lundi matin. On décide de raccourcir l’étape et de viser Viveiro à l’est de La Corogne. A ce moment on était à 14 miles à l’est de la route directe Loctudy/La Corogne. C’était un raccourci d’environ 50 miles, soit près de 10 heures de mer.

Un beau samedi avec dauphins, oiseaux, une frégate (militaire) et 2 cargos. Très peu de grains qui passent devant ou derrière, la plupart nous évitant avec adresse. Très belle nuit du samedi au dimanche avec un vent faiblissant force 4 mais restant toujours WNW, quelques grains, le plancton comme autant de pétards silencieux, les étoiles, la température de l’eau qui monte (un peu…), les lueurs de la cote puis quelques lumières, sans doute les éoliennes sur les sommets. Je continue mercalm un peu, je me réalimente un peu, je bois un peu, j’ai rangé le tas de spaghettis (enfin), urine jaune foncée.

L’écoute de trinquette n’a pas supporté le golfe, cordage dénudé sur un mètre et 4 torons de sectionnés (sur 12). Enseignement important pour la suite : faire varier le point de ragage, l’usure va très vite dans des conditions (un peu mais pas trop) difficiles.

Largage du deuxième ris à 5h (un peu épique entre celui qui est déjà endormi et celui qui n’est pas encore réveillé, alors pourquoi ne pas y faire participer le skipper qui n’y était vraiment pour rien, :-) maintenant mais :-() sur le moment). Le vent faiblit encore, la vitesse passe en dessous de 5 nœuds. Vu la prévision météo, il ne faut pas trainer, on démarre le moteur, gardant encore un peu la GV, puis le vent passant WSW, annonçant le coup de vent à venir, nous rentrons dans Viveiro. On cherche un peu la marina, visitant d’abord le port de pêche, apercevant un canot, on se dirige vers lui : ola, podemos ir aqui ? il nous répond ‘no, alla’ en montrant la rivière, nous la remontons et trouvons la marina un demi mile plus loin.

Le responsable, tout de rouge vêtu, nous montre un emplacement et nous aide à nous amarrer. Accueil chaleureux multilingue.

12h 30, la fringale et le bordel à ranger à l’intérieur, la sieste urgente, quelques coups de fil et SMS.

C’est fait ! On a traversé. Et comme dirait Patrick, une ligne de plus sur notre CV nautique.

 

28.03.2012

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J-14, avitaillement et propulseur d’étrave

 

 

 

Dans 14 jours le départ et une note sur nos préparatifs pour être prêts à larguer les amarres le 11 avril 2012 si neptune et la météo le permettent.

 

Des préparatifs que l’on a concentré en une semaine du 12 au 19 mars d’activités intenses pour réarmer le bateau après son hivernage cherbourgeois et pour réaliser 3 sorties en mer.

 

Un réarmement, c’est une cinquantaine de tâches sur un planning de 5 jours réalisées par 3 forçats puis 4  le dernier jour. Pour la plupart de celles-ci, c’était notre première fois, donc ça a pris du temps. Le planning en tenait compte et on a pu le respecter pour réaliser toutes les tâches en urgence A (sans la réalisation desquelles nous ne pouvions pas partir) et la plupart des tâches en urgence B (il ne reste qu’à reprendre la protection des anneaux de goupille par du chatterton pour éviter qu’ils n’accrochent voiles ou habits). Même certaines urgence C (réalisable en croisière) ont été menées à bien.

Les gros morceaux ont été :

- les 6 winchs à démonter, nettoyer, graisser et remonter, opération réalisée en moins d’une journée par Bernard et Pierre Henri. En passant merci au technicien du chantier Allures qui grâce à un conseil judicieux nous a évité une erreur de remontage.

- la pose de protections Antal dans les barres de flèche par Pierre Henri, notre alpiniste de service. L’objectif est de rendre le plus lisse possible les barres de flèche pour ne pas avoir à mettre des patches disgracieux aux 8 endroits (2 barres de flèche et 3 ris) où la surface de la voile peut frotter lesdites barres de flèche. Investissement de 55€. A l’usage, on vous dira quoi en penser.

- le nettoyage complet intérieur et extérieur du bateau

- la remise en place des bouts, écoutes et autres ficelles mises sous abri, le remontage de la capote et du bimini.

- la passivation de l'inox, l'huilage du tek, la vaporisation des contacts électriques et mille autres petites tâches d'entretiens et de vérifications

- l’avitaillement du non périssable avec 4 coffres de voiture pleins de nourritures et de boissons à inventorier et ranger avec un minimum de logique, éliminer cartons, étiquettes papiers et emballages, garder mode d’emploi, noter au feutre sur boîtes de conserves le contenu, le temps de cuisson éventuellement. C’est presqu’aussi long que de décider quoi acheter et en quelle quantité.

Nous allons partir pour 15 mois de navigation (répartis sur 2 ans et 3 mois).

Il y a des produits que nous ne trouverons qu’en France (ou en Europe) que nous quitterons le 15 mai environ.

Il y a les produits que l’on pourra ramener dans nos valises lors de nos 3 aller-retour entre le bateau et la France.

Il y a la consommation individuelle, le nombre d’équipiers.

Il y a les produits de substitution que l’on pourra trouver au cours de la croisière.

Il y a les produits périssables ou à faible espérance de consommabilité pour lesquels il n’y a pas vraiment le choix.

Comment ai-je procédé :

- j’ai d’abord réalisé une liste exhaustive de tous les produits (près de 350) que je suis susceptible d’inclure dans les repas que je prépare (c’est moi le cuistot) ou qui servent en cuisine et vaisselle et je les ai classés par famille : petit déjeuner, en cas, sucres lents, protéines animales (mer et terre), desserts, boissons, assaisonnements (le plus important car ça permet de donner des goûts différents à partir des mêmes produits de base), produits ménagers au sens large, répartis en périssables et non périssables, facilement disponibles ou rares.

- la consultation de sites et blogs sur le sujet pour compléter cette liste et les conseils de conservation (clair de lune, shipibo).

- d’autres sites et blogs (ou parfois les mêmes) qui donnent les consommation journalière, hebdomadaire ou mensuelle par équipier(hisse et oh par exemple, mais aussi Voiles et Voiliers ou voile Magazine) . Un bilan hebdomadaire me convenait car je m’efforce de faire des menus différents sur au moins une semaine.

La consommation, c’est la clé et les chiffres proposés sont assez différents d’un site à un autre. Il faut vraiment se faire son opinion. J’ai consulté ma femme aussi pour avoir son avis.

J’ai donc calculé un besoin par grande classe (sucres lents, protéines, …) que j’ai ensuite redistribué sur les divers constituants de la classe en fonction de mes habitudes de cuisine.

J’ai aussi décidé à ce moment de la durée de stock avec laquelle nous allons partir pour chaque type de produits (autonomie de 2 à 15 mois selon le produit).

- de ma lecture des revues, sites et blog, j’ai retenu les conseils suivants que j’ai appliqués :

            . éliminer tous les cartons qui sont des nids potentiels à œufs d’insectes

            . stocker dans des bouteilles d’eau vides les produits comme le riz

            . utiliser les sacs de congélation zippables et les boîtes plastiques quand les bouteilles ne conviennent pas ou que l’on n’a pas pu éliminer le carton.

            . ôter étiquettes papier qui vont se détacher de toute façon avec l’humidité et inscrire contenu au feutre.

- après il faut procéder au rangement. Le très grand nombre de coffres et placards de l’Allures 44 facilite cette phase. Nous avons partagé les provisions en 2 :

            . il y a ce qui est en consommation immédiate et qui n’est pas inventorié. C’est le contenu des 6 coffres et placards plus du frigo qui sont près de la cuisine où l’on va trouver le périssable, des en cas, le petit déjeuner, des sucres lents, des boites de conserves, des assaisonnements et les boissons. Tout cela est supposé être consommé dans les jours   prochains.

            . il y a ce qui est en stock et inventorié (a priori les produits à longue durée de conservation) avec 2 coffres pour les conserves et les plats cuisinés, 1 coffre pour les sucres lents,  1 coffre (petit) pour le petit déjeuner, 1 coffre (petit) pour les en cas, 1 coffre pour les produits ménagers et 150 litres d’eau stockée en bidon de 5 l à l’arrière du bateau en secours du désalinisateur.

            - d’autres éléments ont guidé les achats :

.nous avions une voiture à Cherbourg, donc autant en profiter pour vraiment remplir le bateau au maximum.

. l’étape Canaries vers Iles Vierges Britanniques via les Iles du cap Vert : avitaillement réputé onéreux aux Canaries, avitaillement quasi-inexistant aux Iles du Cap Vert, autonomie de 2 mois et demi à prévoir. J’ai donc réservé toute une partie du stock pour cette traversée.

 

 

Et enfin en récompense de tout ce travail de préparation,  3 demi-journées de sorties en mer.

Cela a permis de tester le nouveau spi et sa chaussette. Comme pour toutes les premières fois, on a pas mal m…d…r avec la chaussette mais beaucoup appris. Une fois le spi établi, nous avons filé un bon 8 nœuds avec un force 3, ce qui était significativement plus rapide que sous geenacker, les 30 m2 de surface de plus ont bien parlé.

Le désalinisateur a été démarré pour la première fois et nous a fourni rapidement 10 litres d’une eau au goût très agréable (ça veut dire pas de goût particulier en fait). La seule difficulté a été de retrouver le disjoncteur pour le mettre en marche.

Geenacker tangonné, empannage (d’ailleurs loupé car on a sorti le tangon de son rail en cassant la petite pièce placée en arrêtoir mais ensuite nous avons été très fier de réparer tout seul).

Une seule déception, le propulseur qui est de nouveau tombé en panne. C’est d’autant plus rageant que nous avons longuement hésité avant d’en équiper notre bateau.

C’est peut-être aussi le moment d’en faire un premier bilan.

On se sert du propulseur pour les manœuvres de port :

- par grand vent, surtout de travers, ça manque de puissance et ça ne sert pratiquement à rien, le bateau a trop de fardage. J’en ai fait l’expérience la première fois que j’ai essayé et j’ai percuté assez violemment un bateau avec heureusement des dégâts minimes. Depuis je ne compte plus réellement dessus dans ces circonstances. Par grand vent, si je suis en train de foirer ma manœuvre (en marche avant), un grand coup de marche arrière me permet de me sortir de la situation et de me préparer pour un nouvel essai. Et si je la foire au cours d’une marche arrière, le salut est dans la fuite en marche avant toute.

- par vent faible, c’est un confort qui permet de corriger une manœuvre pour laquelle le barreur ne s’est pas assez concentré. Ce n’est pas vraiment utile mais c’est rassurant.

- si vous vous êtes engagé profondément dans un espace étroit (entre 2 pannes par exemple) et que vous devez vous en sortir car la place que vous aviez visée est trop étroite par exemple et si sortir en marche arrière n’est pas une option, alors le propulseur peut se révéler une aide précieuse pour faire demi-tour dans un mouchoir de poche. C’est quand même une situation très rare, la sortie en marche arrière étant la plupart du temps possible.

Les autres cas d’utilisation sont :

- au mouillage, c’est un bon outil pour maintenir le bateau face au vent lors du mouillage ou du relevé de l’ancre, mais on peut bien sûr vivre sans.

- dans le même genre, lorsque vous hissez votre grand-voile, si votre pilote ne marche pas ou que votre vitesse de bateau est trop faible car vous manquez de place, le propulseur est un outil précieux pour maintenir le bateau bout au vent pendant l’opération. Mais c’est quand même tellement plus simple de hisser la grand voile là où il y  de l’eau à courir et de confier au pilote le rôle de maintenir votre bateau bout au vent.

- une fois, lors d’un virement de bord par fort vent, mer forte et bateau largement surtoilé, j’ai voulu l'essayer pour voir si ça aidait. Le résultat n’a pas été concluant. Au moteur, ça marche mieux.

En conclusion, c’est essentiellement du confort, ça rassure le barreur dans les moments délicats des manœuvres de port et c’est déjà ça.

Maintenant pour quelqu’un qui a un budget un peu serré, c’est vraisemblablement un poste à économiser. Lors de la prise en main du bateau, il n’a qu’à s’entrainer pour plusieurs forces et angles de vent jusqu’à ce qu’il se sente à l’aise.

Cette appréciation concerne un 44 pieds. Je conçois parfaitement que pour des tailles plus importantes, cela devienne un outil nécessaire.

Ensuite nous naviguons en Atlantique où il y a de l’espace pour manœuvrer dans les ports. C’est vrai qu’en méditerranée, c’est parfois très étroit et le propulseur peut devenir une aide nécessaire pour virer court.

L’autre élément à prendre en compte est sûrement la puissance réelle délivrée par le propulseur. Plus elle est importante, plus le propulseur sera une aide si le vent est fort. Mais ce n’est pas un domaine (la puissance) où les fabricants de propulseurs communiquent beaucoup (du moins c’est mon impression).

21.12.2011

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Spi symétrique, spi asymétrique ou code D ? (Joël)

 

 

 

Voilà la question à régler lors du Nautic 2011 (et en réalité depuis quelques mois déjà, en fait depuis que nous avions décidé de faire l’acquisition d’une voile qui nous permettrait d’accélérer le bateau au portant entre 5 et 10 nœuds de vent).

 

Notre démarche :

-         nous avons contacté 4 voiliers (Incidences qui a déjà fourni la garde robe du bateau et 3 autres présents à Cherbourg : Delta Voiles, Northsail et Elvstroem).

-         nous avons discuté avec l’équipe d’Allures Yachting et les croisiéristes rencontrés.

 

Notre point de départ :

-         nous avons déjà un geenacker de 90m2 sur emmagasineur..

-         nous avons tout le gréement de spi (tangon stocké sur un rail le long du mat avec hale-bas et balancines, écoutes, poulies de renvoi et barber haulers)

-         nous avons tangonné plusieurs fois le geenacker cet été et nous sommes assez confiant dans la manipulation du tangon par mer pas trop formée

-         j’ai pas mal régaté (à un niveau très modeste) pendant les années 80 et début 90 (c’est à dire au siècle dernier…) et il y avait toujours un bord sous spi symétrique

-         lorsque sur un bateau de location nous avions un spi symétrique, je l’ai toujours envoyé au moins une fois

-         nous n’avons aucune expérience du spi asymétrique, du code D et du maniement de la chaussette de spi.

-         au portant, le bateau (12 à 13tonnes) se traîne jusqu’à environ 10 nœuds de vent et nous souhaitions améliorer ses performances entre 5 et 10 nœuds.

-         nous avons une delphinière et pas de bout-hors.

-         La drisse de spi/geenacker n’est pas mouflonnée (quoique nous soyons en train de l’envisager).

 

L’analyse des propositions :

 

-         le code D de 110 m2 sur emmagasineur à récupérer sur le geenacker (pour réduire le coût). Nous avons éliminé cette solution car trop proche du geenacker que nous avions déjà. Solution pas très performante au delà de 150° du vent alors que c’était une des justifications de la demande.  Mouflonnage de la drisse obligatoire pour pouvoir l’emmagasiner si on s’est fait surprendre par le vent.

 

-         Spi asymétrique avec chaussette entre 120 et 135 m2. Beaucoup d’hésitation. A nouveau perte de puissance très nette au delà de 150° du vent mais possibilité de tangonner pour le transformer en quasi spi symétrique, mais avec une efficacité moindre. L’acrobatie du tangon (pour le spi symétrique) est remplacée par l’acrobatie de le gréer sur la delphinière.

 

-         Spi symétrique avec chaussette entre 120 et 140 m2. La voile de portant qui répond le mieux au début de notre réflexion. Le bateau est réputé moins stable sur sa route mais notre pilote est muni d’un gyrocompas qui permet une navigation en mode vent. Le site de Logos nous montre comment gréer un spi symétrique en asymétrique si on le désire. A surface égale et même technologie, c’est un peu moins cher que le spi asymétrique. Enfin nous avons le sentiment d’être moins exposés au danger de chute du bateau en maniant à 2 le tangon près du mat qu’en faisant de l’équilibre sur la delphinière pour y frapper une manille (nota : le geenacker utilise déjà la delphinière pour son point d’amure)

 

Conclusion :

Nous avons commandé un spi symétrique de 125m2 avec chaussette. Nous avons choisi le bas de la fourchette (pour la surface) pour moins de fatigue et une plus grande plage d’utilisation.